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Axes de recherche

Diversité nationale et fédéralisme multinational

En contexte de pluralisme identitaire, les voies de réconciliation entre les nations majoritaires et minoritaires passent par l’établissement de régimes de citoyenneté différenciés et par la mise en œuvre d’un fédéralisme par traités inspiré de la tradition pactiste et alimenté par les recherches les plus avancées sur le fédéralisme. Les défis qui se dressent sur la route des nations minoritaires dans leur quête de reconnaissance et d’habilitation sont aujourd’hui plus nombreux que jamais. Les raisons sont multiples : inquiétude sinon méfiance de la part des grandes nations, préjugé favorable des organisations internationales pour la stabilité des régimes en place, fragmentation des collectivités autour d’enjeux pluriels, divisions des forces politiques responsables de porter les revendications nationales. Bien qu’une politique de la reconnaissance soit essentielle au maintien de saines relations entre les nations, il importe pour les États traversés par la diversité nationale de faire un pas qualitatif en instaurant une politique de l’habilitation.

Les travaux de la Chaire s’inscrivent en droite ligne avec les travaux avant-gardistes de James Tully, Will Kymlicka, Ferran Requejo, Michael Burgess, Montserrat Guibernau, Ramon Maiz et de Michel Seymour sur le fédéralisme mononational/territorial et sur le fédéralisme multinational. Il s’agit d’approfondir, tester et évaluer les avancées théoriques de ces chercheurs en différenciant les notions de demos (souveraineté populaire) et de demoi (fragmentation de la souveraineté populaire) en explorant plus avant les traditions intellectuelles concurrentes au sein des sciences sociales et en tirant de ces cas de figure des enseignements pour le cas canadien.

La politique territoriale et la gestion de la diversité

Les liens politiques et sociaux ne se tissent plus uniquement autour des États-nations ; ils se font et se défont au niveau local, national et international. Dans ce nouveau contexte, il importe de repenser les rapports que les citoyens entretiennent avec l’État et peut-être encore davantage ceux qu’ils entretiennent avec des entités plus locales comme les villes et les métropoles. Les rapports intercommunautaires ne peuvent par ailleurs faire fi des institutions nationales en place. Il en va de la qualité de la démocratie qu’il en soit ainsi. Il faut dorénavant prendre en compte le rôle de nouveaux réseaux d’acteurs à plusieurs échelles de l’activité humaine et, au premier chef, ceux des grands centres urbains.

Dans le sillage des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, le temps est venu de pousser plus loin la réflexion sur le thème rassembleur de l’interculturalisme comme modèle de gestion de la diversité et comme modèle recélant des qualités intrinsèques pour l’approfondissement de la démocratie au sein des nouveaux ensembles urbains. Il importe d’ailleurs de différencier de façon concrète la notion du multiculturalisme – habituellement utilisée par les spécialistes des sciences sociales au Canada hors Québec – et celle de l’interculturalisme que lui préfèrent les spécialistes de la diversité au Québec. Il ne suffit plus de présumer la différence ; il faut la faire ressortir dans le but précis de mieux comprendre la nature des liens qui unissent les membres des deux principales communautés politiques au pays.

Le pluralisme communautaire et le constitutionnalisme

Il sera question ici d’explorer plus à fond la notion du conflit politique comme élément clé et porteur sous-tendant la délibération démocratique. Le conflit, étudié non pas en tant qu’expression d’une instabilité politique mais bien sous l’angle du dévoilement à l’autre du pluralisme communautaire, sera envisagé comme un « révélateur de société ». Longtemps, les travaux dans le domaine des études québécoises et canadiennes ont misé sur une démarche institutionnaliste traditionnelle (État de droit, assemblée législative, bureaucratie, partis politiques, groupes d’intérêt, etc.), Bien qu’importante, cette démarche institutionnaliste exige un recentrement vers des préoccupations « constitutionnalistes » de même que vers des questionnements communautaires et sociétaux plus pénétrants.

La Chaire explore la notion du constitutionnalisme élargi avancée par le philosophe canadien James Tully de même que les concepts du lien de confiance et du bien commun essentiels au développement démocratique des sociétés contemporaines afin de faire avancer notre compréhension des rapports sociaux et politiques. Il s’agit d’explorer les récents travaux portant sur le constitutionnalisme (ancien, moderne et actualisé) en fonction des défis à relever par les sociétés libérales contemporaines et en tirer tous les enseignements pour la science politique, la sociologie politique et le droit communautaire. C’est en ce sens qu’il faudra penser les questions politiques et sociales à l’aide d’une éthique constitutionnaliste plus raffinée. La Chaire explore également différents modèles de constitutionnalisme dans d’autres États multinationaux et étudie le rôle que jouent les tribunaux constitutionnels dans la gestion de la diversité culturelle et nationale.